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La photo

La photographie représenterait le réel, chaque photo étant une image fiable d’une situation qui a existé. Cette idée commune du « vrai photographique », généralement admise comme une évidence, nuit beaucoup à l’art de la photographie, le réduisant à une sorte de miroir-enregistreur du monde. Bien que la question de l’art se soit rapidement posée, le développement de la technique a visé, avant tout autre chose, à une photographie toujours plus performante dans sa capacité à « représenter le réel » par la rapidité du temps de pose, la précision des optiques et des émulsions, l’enregistrement de la couleur… Guère étonnant que les premières utilisations de la photographie consistèrent à répertorier et à classer comme ce fut le cas du « système scientifique d’identification » imaginé par Alphonse Bertillon dès 1888 pour un grand fichier photographique de police. Sous l’impulsion des industriels, la photographie est rapidement devenue accessible à tous, faisant valoir son usage documentaire tant pour l’opérateur de la simple photo-souvenir que pour le spectateur regardant un photo-reportage professionnel. La réponse des auteurs photographes a été – et ce, de tout temps mais plus encore aujourd’hui – de concevoir des images d’expression dans la documentation. On pense, bien sûr, aux admirables maîtres du genre comme Edward CurtisAnsel AdamsSebastiao Salgado. Ils nous ont donné à voir à travers des images d’une grande beauté, les tribus amérindiennes, les paysages originels, les mineurs garimpeiros… D’autres, surréalistes ou conceptuels, ont exploré le jeu des apparences dans le « réel photographique » comme Man Ray ou Duane Michals. Ils ont montré avec brio les contradictions de ce que l’on tient pour vrai dans la photographie. Mais dans tous les cas, nous restons dans le champ de la représentation comme si la photographie ne pouvait être autre.

© 2023 par ESTELLE BRUN. Créé avec Wix.com

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